Un des bons côtés de la grève des scénaristes c’est que l’on peut prendre du temps pour d’autres choses. Comme pour savourer les cadeaux de Nöel que l’on a pas encore pu admirer à cause des impératifs de début d’année. C’est en tout cas ce que j’ai fait aujourd’hui en me plongeant dans un cadeau offert par mes parents, un magnifique recueil de photos prises sur des tournages de cinéma par les photographes de l’agence Magnum.

C’est sur qu’avec un cliché de Marilyn sur la couverture (celui que vous voyez précisément ci-dessus) ils avaient très peu de chances de tomber à côté de la plaque. Cela dit, ils me connaissent quand même bien mes petits parents parce qu’ils ont réussi en un cadeau à réunir trois sujets qui me passionnent : la photo, le cinéma et bien sur Marilyn. Cette collection est particulièrement agréable à parcourir. Le monde du cinéma vu depuis les coulisses et au travers des regards avertis d’Henri Cartier Bresson, de Raymond Depardon et de bien d’autres non moins talentueux, est un spectacle qui charmerait les plus récalcitrants. Une série m’a particulièrement marquée dans cet ouvrage, ce sont les clichés du tournage du dernier film de Marilyn, The Misfits de John Huston.

L’agence Magnum avait obtenu l’exclusivité pour ce tournage, ce qui explique que les clichés soient à la fois si nombreux et d’une si grande qualité. Une atmosphère profonde, grave, un sentiment de fin du monde planent sur ces clichés pris en plein milieu du désert du Névada, une ambiance dans laquelle le personnage de Marilyn joue un rôle central. L’actrice se trouve en effet dans une période difficile. En pleine crise existentielle, elle ne se remet de sa séparation tumultueuse de l’écrivain Arthur Miller, auteur du livre dont le film se veut l’adaptation. Cela explique qu’elle ait préféré que ce soit Eve Arnold, la première femme de l’agence Magnum, avec laquelle elle entretient des liens professionnels tout autant qu’amicaux, qui représente l’agence pendant une grande partie du tournage.

Il semblerait que la photographe, sache parfaitement capter l’esprit de l’actrice alors délaissée, fatiguée, éprouvée par le tourbillon de son existence, mais cependant toujours pleine de vie et regorgeant de volonté face à la caméra tout comme à l’objectif. Le cliché le plus connu reste sans doute celui de la couverture de mon livre, montrant une Marilyn angoissée, comme perdue au milieu du désert.

En 1960, année du début du tournage, les deux femmes se connaissent déja depuis plus de 10 ans et leur collaboration a déjà été très fructueuse. La photographe a légué au monde ces quelques images qui sont devenues de véritables emblèmes de l’icone glamour que fut Marilyn.


Mais les images du tournage de The Misfits, touchent tout de même à une facette que l’actrice ne dévoile pas vraiment dans les autres clichés. Eve Arnold nous montre la star telle qu’elle était alors, une femme vulnérable, terriblement angoissée et perdue.

Cette photo particulièrement prend une dimension tout à fait poignante lorsqu’on sait que ce tournage fut pour elle le dernier. Pour ma part, c’est un de mes clichés préféré de Marilyn, un de ceux qui me donnent l’impression de la connaître… Il était repris dans la première biographie de l’actrice que j’ai lue cet été, écrite par Anne Plantagenet.

Ici, on retrouve l’actrice avec Arthur Miller, improvisant une danse.

Ici, enfin, l’actrice se repose dans une vieille maison de Bement, un village de l’Illinois. La photographe l’y a accompagnée afin de veiller sur elle, alors qu’au dehors, la foule des habitants tapaient sur les murs de la maison dans l’espoir de la voir sortir. Eve Arnold lui pretera même son chandail pour ne pas qu’elle prenne froid lorsqu’elle se serait assoupie. On le remarque dans ce genre de geste, la complicité entre ces deux femmes était réelle. La photographe et l’actrice : une collaboration magique, presque mystique, pour le plus grand plaisir de nos petites mirettes.
A bientôt pour d’autres émotions photographiques